Chanson de Craonne
Anonyme
- Quand au bout de huit jours le repos terminé
- On va reprendre les tranchées
- Notre place est si utile
- Que sans nous on prend la pile
- Mais c'est fini on en a assez
- Personne ne veut plus marcher
- Et le coeur bien gros comm' dans un sanglot
- On dit adieu aux civelots
- Même sans tambours, même sans trompette
- On s'en va là-haut, en baissant la tête.
- Adieu la vie, adieu l'amour
- Adieu toutes les femmes
- C'est bien fini, c'est pour toujours
- De cette guerre infâme
- C'est à Craonne, sur le plateau
- Qu'on doit laisser sa peau,
- Car nous sommes tous condamnés
- Nous sommes les sacrifiés.
- Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
- Pourtant on a l'espérance
- Que ce soir viendra la relève
- Que nous attendons sans trêve
- Soudain dans la nuit et dans le silence
- On voit quelqu'un qui s'avance
- C'est un officier de chasseurs à pied
- Qui vient pour nous remplacer,
- Doucement dans l'ombre sous la pluie qui tombe
- Les petits chasseurs vont chercher leur tombes.
- C'est malheureux de voir sur les grands boulevards
- Tous ces gros qui font la foire Si pour eux la vie est rose
- Pour nous, c'est pas la même chose
- Au lieu de s'cacher tous ces embusqués
- Feraient mieux d'monter aux tranchées
- Pour défendre leurs biens, car nous n'avons rien
- Nous autres les pauvres purotins
- Tous les camarades sont tendus-là.
- Pour défend'les biens de ces messieurs là.
- Ceux qu'ont le pognon, ceux-là reviendront
- Car c'est pour eux qu'on crève
- Mais c'est fini, car les trouffions
- Vont tous se mettr' en grève
- Vont tous se mettr' en grève
- Ce sera votre tour messieurs les gros
- De monter sur l'plateau
- Car si vous voulez la guerre
- Payez-là de votre peau.