1791
D'abord je vous salue, mes chers père et mère et espère que ces lignes vous trouveront en bonne santé.
Je vais bien, je travaille actuellement en Suisse Welsche ou française. Je suis vraiment désolé de pas avoir pu écrire pendant si longtemps, je n'avais guère le temps, et j'attendais une réponse.
En plus il y a partout des révoltes et des destructions parmi le peuple.
Je vous informe, comme je vous l'ai déjà écrit que j'ai travaillé dans les nouvelles "salines" (mines de sel ?) de Sarreguemines en Lorraine jusqu'au 26 février, et de là, je suis allé en Alsace à Grann-Wissembourg.
Il y avait aussi une révolte, les nationalistes étaient principalement des Luthériens. Alors ils voulaient de riches habits de messe et ............. et enlever ou vendre tout ce qu'il y avait, mais les catholiques ne voulaient pas le permettre, alors le régiment a dû prendre les armes et monter deux fois plus la garde devant les églises. Les catholiques ne veulent pas occasionner de bain de sang, alors ils ont envoyé leurs femmes armées de fourches, crochets et ............ Elles ont marché sur la garde et l'ont chassée avec leurs cris et tumulte, en demandant qu'ils ouvrent la porte sinon elles l'enfonceraient. Alors ils ont ouvert la porte et ce fut le calme.
De là, je suis allé vers Strasbourg, à un quart d'heure de la ville de Bischeim où j'avais travaillé un moment, et où il y avait 50 % de luthériens, 50 % de catholiques. Nous partageons la même église, ils y vont à 8 heures et nous à 9 heures car leur communauté est plus grande, ils ont donc priorité.
Puis vint de l'Assemblée Nationale de Paris l'ordre pour tous les gens d'église de jurer fidèlité au roi et à la loi, à la perte du devoir envers la Nation ce qui fait qu'ils ne veulent pas jurer. Il y eut de nouveau un grand soulèvement.
Je suis donc de nouveau retourné en Suisse. Je peux voyager facilement puisque je n'emporte plus d'outils, mes employeurs doivent me donner tout ce dont j'ai besoin puisque j'ai vendu mes outils à Amsterdam. Depuis je n'en emmène plus.
Donc, en Suisse, j'ai travaillé quelques temps à Bâle et aussi à Zürich. De Zürich je suis allé à Maria-Einsiedln où je suis allé à Bern et Lausanne dans la Suisse "welsche" où je travaille. Mais les "welsches" ne veulent plus le canton de Bern, ils préfèrent la France et sont allés sur le champ de bataille avec 700 hommes, car en Suisse tout le monde est soldat et doit avoir son fusil et son équipement comme un soldat à partir de 16 ans. Mais les Bernois sont arrivés avec 2 600 hommes et plus de 3 canons. Ils sont arrivés tellement rapidement sur Lausanne que nous avons dû vider rapidement deux églises calvinistes, ici tout est réformé ou calviniste. Il n'y a qu'une seule maison, et seulement depuis quelques années où la messe est lue dans une des pièces. Quand les calvinistes sont sortis de l'église, ils se sont de nouveau réconciliés et se sont retirés.
Je suis donc reparti de là moi aussi, pour aller travailler à Bierseng. Là, tout le monde était français, seul le fils du maître parlait allemand ; mais je sais déjà un peu le français et je veux de toute façon rester ici jusqu'à ce que je le sache bien. Ici je gagne 26 "Bazen" par semaine plus les frais, j'ai du travail tous les jours, été comme hiver, du vin sur la table car ici poussent beaucoup de vignes et il y a beaucoup de bois dans les forêts ; en plus, nous avons de la viande tous les jours. Il n'y a pas de carême ni de vendredi et nous avons le jour de Noël plus un jour de congé. J'ai conservé pourtant un jour férié et deux jours de carême, donc le vendredi saint et le samedi, car il me faut d'ici aussi 3 heures pour aller à l'église dans le Königsland, 4 heures pour aller au Piémont qui appartient au roi de Sardaigne et qui est au delà du lac de Genève. Il y a quatre heures de marche pour sa largeur et dix huit pour sa longueur.
La maison de notre maître était aussi un couvent de Bernardines avant la chute de la religion. Elle est entourée de hauts murs et a des portes. C'est dans l'église que se trouve maintenant notre atelier.
Et si vous voulez m'écrire, voici mon adresse en Suisse : près de Lausanne, Roll a Bierseng chez Maître Ginnin
Michi Wagner, le 25 décembre 1791
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